FRANCIS BANGUET
graphiste illustrateur

Note à propos du Projet : Le Septième continent est un projet en cours d’élaboration. J’ai présenté une première version du travail pour ma soutenance de VAE à l’École des Beaux-Art de Lyon en septembre 2016, mais il reste encore beaucoup de choses à retravailler et à réécrire et beaucoup d’autres à créer. De même cette page n’est que temporaire, elle me permet simplement de présenter une partie du projet en attendant de développer un site qui y sera totalement dédié.

Le Septième Continent carnet de voyage p.01

croquis du septième continent

Histoire du Septième Continent

En 1997, l’océanographe et skipper américain Charles J. Moore découvre dans le pacifique nord, le premier vortex d’ordure. Il s’agit d’une accumulation de matière plastique en décomposition flottant sous la surface de l’eau entre 5 et 30 mètres de profondeur, «une sorte de soupe d’ordure».

Quelques années plus tard, on remarque que le phénomène se produit également dans les autres océans, on peut dénombrer cinq grandes zones où les courants marins emprisonnent les déchets provenant des côtes.

Trois ans plus tard, le vortex d’ordure du pacifique nord commence, par accumulation, à se solidifier et son point culminant émerge de l’océan. C’est à ce moment-là qu’on se met pour la première fois à utiliser l’expression
«septième continent».

En 2003, une expédition scientifique conduite par Patrick Deixonne permet de constater qu’il y en fait deux vortex d’ordure dans le pacifique nord, l’un nourrit par les déchets venant des côtes américaines, l’autre par la côte est de l’Asie. En 2004, Patrick Deixonne tente en vain, lors de la conférence de Buenos Aires (COP10), d’alerter les gouvernements sur l’expansion incroyable de ces zones de déchets flottants.

Lors d’une seconde expédition en 2007, des scientifiques constatent que les deux vortex sont maintenant réunis et forment deux îles émergeant à environ 10 mètres au dessus du niveau de la mer.

formation du septième continent

Formation du Septième continent – vue en coupe et de dessus

Aujourd’hui, en 2023, la superficie des terres émergées de ce septième continent atteint plus de 22km2 et son point culminant s’élève à 40 mètres au dessus du niveau de la mer. On ne peut pas dater précisément le phénomène mais l’on constate que depuis au moins deux ans, la population du continent ne cesse de croitre. En effet, ce nouveau territoire en zone international attire à lui les réfugiés climatiques et politiques qui n’ont pas réussit à s’installer ailleurs.

Sur le continent, aussi nommé Plastic Island, c’est toute une société de la débrouille qui se met en place. Ainsi, Li Gangtou, l’un des premiers migrants à réussit à se constituer une place privilégiée en gérant une véritable entreprise de recyclage et de stockage des déchets. Les USA et la Chine lui livrent des bateaux entiers de détritus qu’il fait trier par d’autres habitants afin d’en extraire tout ce qui peut avoir une valeur marchande. Ce qui n’est définitivement pas recyclable vient agrandir le continent.

Portrait de Li Gangtou


Cartographie du Septième Continent

Carte du septième continent

 


carnet de voyage p.32

Ce matin, je suis réveillé par des cris sous mes fenêtres, je ne comprend pas tout de suite de quoi il était question, le seul mot qu’il me semble reconnaître est «Kraken». Ce n’est qu’en me rendant sur le port que je comprend qu’un vieux pêcheur a repéré un calamar géant à quelques miles au large de l’île et qu’un groupe de pêcheurs vient de prendre la mer pour aller l’affronter.

LE KRAKEN

Étienne me propose de m’emmener en mer pour assister au spectacle. Tandis que nous suivons les pêcheurs, il m’explique qu’il est rare qu’une aussi grosse créature s’approche de plastic island. Il arrive de temps à autre qu’un groupe de cétacés passe à proximité de l’île. Alors, si les pêcheurs arrivent à en capturer ne serait-ce qu’un seul, on a l’assurance que ce sera un soir de fête sur l’île. En effet, alors que le poisson pêché au quotidien est vendu par les pêcheurs, les prises de ce genre sont toujours partagées gratuitement entre tous les habitants.

lekraken01

Au bout d’une vingtaine de minutes, Étienne me fait remarquer que les pêcheurs manœuvrent pour encercler une zone un peu plus sombre à la surface de l’eau. Très vite, la créature réagit et j’assiste alors à une scène qui me semble tout droit sorti de Moby Dick. Sur chaque bateau, des harponneurs tentent de blesser la créature tandis que les rameurs frappent la surface de l’eau pour éviter que les tentacules ne viennent s’agripper aux embarcations. L’affrontement est de courte durée, le kraken réussit tout de même à briser une pirogue d’un coup de tentacule, avant que l’un des harponneurs ne réussisse à le tuer d’un coup de lance.

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Si ramener la bête à terre est assez facile, une fois sur la plage il semble totalement impossible de la déplacer.  Chacun de ses tentacules mesure au moins 6 mètres de long et est large d’un demi-mètre à sa base. Quand à sa «tête» s’il l’on peut appeler ça ainsi, elle semble à elle seule peser au moins 300 kilos. Il faut une dizaine d’homme pour hisser la bête sur une charrette à bras, l’y attacher n’est pas chose aisée tant sa peau est glissante. On la traine ensuite jusqu’à l’une des cuisines collectives pour la découper.

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La découpe est un spectacle aussi mémorable que la pêche en elle même, tandis que deux hommes scient la tête en tranches à l’aide d’une scie passe-partout, un autre tente de découper les tentacules à coup de hache. Ce spectacle curieux est suivit par tous les passants qui ne manquent pas de faire un commentaire sur la taille de l’animal. Bien vite, une épaisse flaque de sang de couleur bleue se répand sur le sol. Des chiens viennent lécher ce liquide, les enfants quand à eux sont extrêmement excités de pouvoir enfin approcher ce monstre de plus près.

lekraken04

Au final, on se rend vite compte que la chair de l’animal est quasiment immangeable. Il faut en effet des heures de cuisson et de violents coups de marteau pour réussir à l’attendrir, et son goût ainsi que son odeur sont simplement infect.
On abandonne donc la bête aux chiens et aux mouettes. Les enfants ne semblent pas incommodés par l’odeur et passent de longues heures à jouer avec le cadavre de l’animal avant que les mouches ne deviennent trop nombreuses autour de la carcasse. Cinq jours plus tard, il ne reste quasiment rien de l’animal sinon une odeur atroce qui persiste encore quelques temps.


partie de foot


carnet de voyage p.16

Je profite d’un voyage en mer pour dessiner la face sur de l’île.

face sud du Septième Continent

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.


shandra


carnet de voyage p.12

Inventaire des différents habitats

Aujourd’hui je tente de réaliser un inventaire des différents type de bâtiments que je rencontre sur l’île.

inventaire des différents habitats

Après quelques heures, je me rend compte de la difficulté de ce recensement. Les différents type de bâtiments sont trop disparates.


Avram


Note d’intention

J’ai toujours aimé les utopies et les uchronies, mais c’est particulièrement les dystopies qui me fascinent. Des lectures telles que 1984 de George Orwell ou Le Meilleurs de Mondes d’Aldous Huxley ont ainsi joué un rôle très important dans la construction de mon imaginaire. 

Lorsque j’ai entendu pour la première fois parler du septième continent, j’ai tout de suite eut envie d’essayer d’imaginer ce que pourrait être la vie sur cet amas de déchets flottants au milieu de l’océan. 

La découverte du septième continent m’avait donné un territoire, le peupler à été assez simple. La lecture Saison brune de Philippe Squarzoni entre autre, m’a fait prendre conscience du nombre de personnes qui risquaient de devenir des réfugiés climatiques dans les années à venir. La Jungle de Calais à aussi été un élément qui m’a permis d’avoir un aperçu de comment une société pouvait se réorganiser dans l’urgence et le dénuement.

Pour la forme j’ai travaillé sur deux axes graphiques distincts :

• Une partie « scientifique » montrant l’évolution du continent qui me permet de donner un consistance à ce territoire. En le décrivant scientifiquement, je l’introduit immédiatement comme quelque chose d’existant.J’ai toujours été attiré par la ‘pataphysiques*, aussi le fait de travailler avec une rigueur scientifique à partir de chiffres totalement fictifs me plait particulièrement.

• Une partie carnet de voyage composée de textes et d’illustrations qui me permet une approche plus sensible de ce que pourrait être la vie sur ce continent. Les illustrations sont réalisées comme des croquis de voyage, en noir et blanc ou avec une colorisation sommaire façon aquarelle. Les textes aussi adoptent cette forme, ce sont soit des notes en marge des illustrations soit des textes un peu plus longs, écrits à la première personne et datés en partant du premier jour de l’expédition.

Pour le fond j’ai pris beaucoup de libertés, d’ordre scientifique ou historique, mais le but de mon travail n’est pas de faire un exposé sur le désastre écologique que représentent de telles quantités de déchets flottants. Ma volonté première est simplement de raconter une histoire.

Ce que je présente ici, n’est qu’un aperçu du travail en cours, un sorte de «preview» de l’exposition que je souhaiterais à terme plus importante.  Ce projet d’exposition est pour moi l’occasion de travailler sur un thème plus personnel que lors des travaux de commande où je ne suis pas maître du contenu. Dans l’idéal j’aimerais aussi que ce travail puisse constituer une sorte de cahier des charges pour que des artistes ou d’autres auteurs puissent à leur tour contribuer à l’histoire de ce continent.

*La ‘Pataphysique apparaît dans Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, livre écrit par Alfred Jarry en 1897. Elle est alors définie comme la « science des solutions imaginaires ». Ces solutions imaginaires n’ont pas la généralité des théories scientifiques. Le pataphysicien, plus modeste et plus prudent, se contente donc de « solutions particulières ». D’autre part, dans ses observations, il s’intéresse aux exceptions, puisque c’est l’anomalie qui fait avancer les idées, selon Boris Vian, qui avait pris pour devise une réplique d’une pièce de Flers et Caillavet : « Je m’applique volontiers à penser aux choses auxquelles je pense que les autres ne penseront pas ».