FRANCIS BANGUET
graphiste illustrateur

//Le Ruban, c’est la Mode//

Date : 2015
PROJET NON RETENU
Client : Musée d’Art et d’Industrie / Ville de Saint-Étienne

Proposition de visuel pour pour l’exposition temporaires “Le Ruban C’est la Mode”

LA RUBAN, C’EST LA MODE

 CONTEXTE

Musée de société lié au patrimoine industriel de sa région, le musée d’Art et d’Industrie de Saint- Étienne possède la première collection au monde de rubans. Depuis sa rénovation en 2001, le musée développe une politique d’exposition active et dynamique autour du textile en proposant régulièrement des expositions originales sur le milieu textile régional : Giron Frères, Images de Soie, Esprit Staron, Textiles Techniques et Fonctionnels, Julien Faure ou sur la mode et le design textile : Habits de Recherche, Design de Mode, Les Enrubannées, Regards sur le Japon, Interware (Maurizio Galante et Tal lancman), L’autre jean (Marithé et François Girbaud).
En 2016, le musée d’Art et d’Industrie a décidé de consacrer une rétrospective à la rubanerie qui a fortement marqué la ville par son essor économique, social et urbain de la fin du 18ème siècle jusqu’à nos jours.
Ce projet sera l’occasion de faire découvrir au grand public les collections réunies par le musée depuis plusieurs décennies dans le cadre d’enquêtes ethnographiques et historiques. Cette restitution, qui se veut la plus large possible, rendra compte des études menées par le musée et mettra en valeur les trésors de rubans.
Cette exposition devra en outre relancer l’intérêt pour les salles permanentes de rubanerie et permettre une part de mise à jour de certaines thématiques.

1/ Les parcours permanents de la rubanerie

Le musée d’Art et d’Industrie consacre un niveau de 650 m2 au thème de la rubanerie qui est l’une des trois industries d’art exposées en permanence.
Cette section du musée est fort appréciée par le public tant en raison de sa muséographie mise en place en 2001 par Jean-Michel Wilmotte et Fabrice Drain, qu’en raison de la beauté et de l’élégance des objets et machines qui en émaillent le parcours.
La « Chambre des rubans » traite de l’histoire de cette industrie sœur de la soierie lyonnaise mais consacrée aux produits étroits du 16ème siècle à nos jours. Commodes garnies de rubans, modèle réduits, portraits de fabricants et marchands de soie, mobiliers de recettes et magasins, étuves de la Condition des soies, créent une atmosphère poétique proche de celle ressentie dans les locaux authentiques des fabricants du centre-ville.
L’autre aile du musée présente « Le grand atelier des métiers », axé sur la fabrication et où des métiers grandeur nature imposent leur puissante et élégante silhouette. Une vingtaine de couples de passementiers retraités viennent tour à tour faire fonctionner ces métiers et échanger avec le public. Ces démonstrations représentent l’une des plus grandes attractivités du musée. Voir la taille réelle des machines permet de mieux comprendre l’architecture des maisons-ateliers peuplant encore aujourd’hui les collines de la ville, même si les métiers n’y battent plus.
Cette partie à l’ambition de montrer l’évolution technique des métiers et le savoir-faire productif mais aussi créatif des ouvriers.
Bien entendu, il n’est pas possible d’y développer tous les thèmes de la rubanerie, malgré la présence de programmes très pédagogiques sur écrans tactiles. Côté « Chambre des rubans », les commodes permettent de restituer davantage de collections de rubans ainsi à l’abri de la lumière et que nous changeons de temps en temps. Mais l’engouement du public, des designers et créateurs de mode est tel, que nous désirons offrir un grand trésor de rubans à la vue des visiteurs lors de cette exposition.

2/ La rubanerie stéphanoise: historique

La rubanerie de soie a débuté au 16è siècle dans le sillage du développement du moulinage dans le Pilat au service des maisons de soierie lyonnaises. Dès le dernier tiers du 18ème siècle, les stéphanois s’affranchissent de la tutelle de la corporation lyonnaise en fondant leurs propres maisons de commerce. C’est le modèle de la fabrique dispersée qui se met en place, avec donneurs d’ordres et ouvriers à domicile.
L’engouement extraordinaire des modes d’alors pour les rubans avait ouvert des opportunités commerciales que le tissage manuel ne pouvait plus satisfaire. Le génie des Stéphanois a consisté à mécaniser la production grâce au vivier remarquable de mécaniciens bois et fer suscité et entretenu par l’activité de cette grande métropole industrielle naissante.
L’ingéniosité des techniciens textiles et des grands ouvriers, la forte personnalité et la clairvoyance de fabricants ouverts à la novation, ont conduit à la mise au point d’un outil de production inégalable. Le métier à rubans à plusieurs pièces tissées en même temps, mû automatiquement par la rotation d’abord manuelle de la barre de brasse faisait déjà fin 18è siècle de la rubanerie stéphanoise une industrie de pointe. L’adaptation dès 1830 de la mécanique Jacquard et la mise au point des battants brocheurs actionnant automatiquement jusqu’à dix navettes par pièce, devaient consacrer rapidement la suprématie mondiale de la rubanerie stéphanoise.
D’emblée internationale grâce aux savoir-faire commerciaux des industriels, la vente des rubans se révélait extrêmement rémunératrice. A Paris, à Londres, dans toute l’Europe et dans les divers empires coloniaux, le ruban s’arrachait avec enthousiasme. Au milieu du 19è siècle, les fabricants stéphanois n’avaient pas encore débarqué du bateau à vapeur qui les avait portés en Amérique, qu’en un clin d’œil, leur cargaison était vendue à l’encan. Bien sûr, la mode était instable, de multiples crises pendulaires ont affecté la rubanerie jusqu’au 20è siècle, mais sans l’abattre jamais.
Les cinquante à deux cents fabricants qui animaient, les « maisons » adaptaient périodiquement les articles aux visages changeants de la mode et à de nouveaux usages (parfois techniques et industriels). Le remarquable socle de savoirs et savoir-faire édifié par les techniciens et grands ouvriers « passementiers » a nourri toutes les transformations et réadaptations nécessaires à la maintenance de l’activité rubanière jusqu’à aujourd’hui. Cette base culturelle très riche liée au métier et partagée par une très nombreuse population créatrice et technicienne représente un capital productif toujours sollicité.
Le territoire du ruban prend son centre à Saint-Étienne où résidaient les fabricants donneurs d’ordres entourés de leurs dessinateurs, metteurs en fabrique, commis et demoiselles de magasin occupées à l’ourdissage, au pliage et à l’expédition en relation avec la comptabilité. La fabrication des rubans revenait aux chefs d’ateliers passementiers installés sur les collines citadines et dans les bourgs avoisinants. Ces passementiers, ouvriers à façon, se spécialisaient dans des catégories techniques de rubans en fonction de la possession des métiers adéquats. Le sud de la plaine du Forez, les rebords des monts du Lyonnais et des hauts plateaux du Pilat s’investissaient dans la mono-industrie du ruban. Le territoire adjacent de l’Yssingelais appartenant au département de la Haute-Loire faisait partie intégrante de la fabrique stéphanoise. Quant aux tresses et lacets, elles se développaient à la suite du ruban et du moulinage dans la vallée du Gier autour de Saint- Chamond et dans la vallée du Dorlay.